Cheveux blancs ou non ? Entre la teinture et le naturel, plusieurs options s’offrent à vous


Tout a commencé par une question innocente de mon compagnon, un jour que je portais mes cheveux relevés en chignon. « Mais tu as de la crème sur les tempes, là, au-dessus des oreilles ? On dirait une trace blanche. » Il a fallu que je lui explique qu’il s’agissait d’une mèche de cheveux gris, évidemment. Il s’est rattrapé aussi sec, comme il pouvait : « Non, mais on s’en fiche, hein, ne les teins pas », avant d’ajouter la réplique fatale : « C’est comme ça. On vieillit, en fait. » Cette réflexion m’a rappelé une idée exprimée par l’écrivaine Joan Didion dans « L’Année de la pensée magique », qui raconte son deuil après la mort de son mari : le mariage, c’est ne pas se voir vieillir dans les yeux de l’autre. Le temps a passé. En une remarque, j’avais donc appris que je n’étais pas Joan Didion (certes), que j’étais mortelle (certes), mais aussi qu’il fallait agir. Ou comprendre, a minima.

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Une question d’âge                                        

Même si ce premier paragraphe parle de la mort, à l’heure où l’espérance de vie s’établit à 85,4 ans, pour les femmes en France, les premiers cheveux blancs ne sont plus un signe objectif de vieillesse : « Ils apparaissent autour de 30-35 ans chez les personnes d’origine européenne, à partir de 40 ans chez celles d’origine asiatique, et encore plus tard chez celles d’origine africaine, autour de 45-50 ans », explique Patricia Manissier, directrice R&D du Laboratoire Native. Ces chiffres restent assez stables, malgré une augmentation généralisée de la pollution et du stress. Pour le reste, tout ce qu’on sait, c’est qu’on ne sait rien, ou presque.                                          

La canitie, explication                                            

Pour résumer, les cheveux perdent leur teinte lorsque les mélanocytes, les cellules qui produisent la mélanine au sein du bulbe capillaire, arrêtent peu à peu d’en produire. « Parfois, la transmission du pigment à la fibre ne s’effectue pas de manière optimale », complète Patricia Manissier. Le processus global se nomme la canitie. « C’est une conjonction de plusieurs phénomènes, note Élisabeth Bouhadana, directrice scientifique internationale pour L’Oréal Paris. Les stress génèrent une inflammation sur la fibre et dans le bulbe, ce qui a un effet direct sur les mélanocytes. Les UV et la pollution attaquent la kératine, fragilisent les protéines du cheveu et provoquent une oxydation généralisée. Nous y sommes soumis toute notre vie. » Et le plus efficace, c’est d’intégrer des antioxydants dans son alimentation. Les scientifiques s’accordent aussi à dire que l’âge auquel on blanchit a une cause génétique, mais dont la part dans l’ensemble du processus reste incertaine. « Elle s’élève sans doute autour de 80 %, soit l’inverse de ce qui se passe pour la peau, et il y a peu de chances qu’on puisse inverser le phénomène », s’aventure Élisabeth Bouhadana. On sait aussi que le fait de fumer peut accélérer le processus. Mais, à l’heure où l’épigénétique est sur toutes les lèvres, nos connaissances sur la fibre capillaire restent étonnamment floues. Le rythme de pousse semble dicter la rapidité du grisonnement, qui varie aussi d’une personne à l’autre.                                            

« À chaque fois qu’un cheveu tombe, son bulbe tombe aussi. Le nouveau cheveu doit aller chercher les mélanocytes situés dans les cellules souches du scalp. Or, ce réservoir de cellules souches s’épuise avec le temps. Quand il n’y en a plus, les cheveux sont blancs. On l’a découvert il y a environ une dizaine d’années. Mais la grande question qu’on n’a pas réussi à résoudre est celle-ci : la peau cache-t-elle d’autres réserves de cellules souches ailleurs ? Pour le moment, on ne parvient pas à identifier les cellules souches au sein d’une peau vivante, on peut simplement les cultiver a posteriori », regrette Élisabeth Bouhadana. La perspective permettrait pourtant d’ouvrir de vastes champs de recherche.                                           

Une histoire d’hormones et de stress                                      

Autre question : pourquoi les cheveux blancs apparaissent-ils chez certaines par touffes au sommet du crâne et, chez d’autres, plutôt sur les tempes ? Nous n’avons pas de cartographie précise. « La localisation a une cause hormonale très importante : une partie de nos cheveux possède des récepteurs hormonaux plus sensibles que d’autres. Chez les hommes, c’est souvent sur les tempes, tandis que chez les femmes c’est plutôt la couronne frontale autour du vortex. Parfois, c’est aussi pathologique ou de naissance, lorsqu’il y a une migration de cellules à un endroit précis lors de l’embryogenèse », poursuit Élisabeth Bouhadana.             

En 2021, une étude a montré le lien entre le stress et le blanchiment : elle identifie des protéines qui interviennent dans le phénomène, mais elle démontre aussi que la fibre redevient colorée lorsque la dose de stress baisse. Après de longues vacances, les cheveux des sujets repoussent en couleur. Hélas, l’étude est de trop petite ampleur pour en tirer des conclusions généralisées et les personnes de l’échantillon sont trop jeunes pour proposer une posologie. En revanche, si vous avez l’impression qu’ils changent de texture quand ils perdent leur pigment, vous ne vous trompez pas. « Une hypothèse est que la crinière sert à protéger le crâne des agressions extérieures, analyse Patricia Manissier. Quand le nombre de cheveux diminue, ceux-ci deviendraient plus larges, pour couvrir une plus grande surface. » D’un point de vue structurel, c’est simplement que les molécules de kératine et de mélanine s’empilent comme les wagons d’un train. Sans certains wagons, le train est modifié. « Dans les premières années, la fibre est plus épaisse et plus rigide. Elle a moins de lipides, donc la coloration tient moins bien sur elle. Les tests montrent aussi qu’elle est plus sensible aux UV qu’une fibre contenant des pigments naturels. Cela explique un jaunissement plus rapide », précise Élisabeth Bouhadana.

© Samir Hussein/WireImage/Getty

Une pilule anti-blanchiment ?                                            

L’idée qu’on puisse ralentir ou freiner l’apparition de cheveux blancs est un serpent de mer dans l’industrie. Le groupe L’Oréal a abandonné son ambition de complément alimentaire ad hoc il y a quelques années, car le mariage avec Nestlé, codéveloppeur du projet, n’a pas tenu, mais également parce que les études à mettre en place pour vérifier les effets étaient coûteuses, techniquement difficiles, et auraient dû durer des années. La fameuse gélule en projet contenait des antioxydants hautement dosés et des actifs anti-inflammatoires. Les traitements permettant de retarder l’apparition des cheveux blancs existent tout de même : Phyto a sorti RE30, un soin breveté à pulvériser sur le scalp, les compléments alimentaires D-Lab proposent un extrait de mélanine à ingérer, certains affirment aussi que l’ashwagandha, une plante adaptogène, fait repousser leur fibre plus foncée, et un shampooing coréen (non disponible en Europe) lancé l’an dernier affiche des résultats prometteurs. Mais tout cela ressemble au labeur sans fin de Sisyphe, puisque les résultats sont variables en fonction des personnes et que, dès qu’on arrête le traitement, le processus se remet en marche. Il semble aussi que ces remèdes soient vraiment efficaces quand la baisse de production de mélanine s’amorce à peine, au moment où, justement, on s’en soucie peu. Quand le réservoir de cellules souches est vide, il n’y a plus rien à faire.             

L’option coloration soft                               

Que faire donc si on veut harmoniser sa chevelure, sans vraiment teindre ou, mieux, teindre un peu, mais sans contrainte ? Évidemment, c’est plus simple quand la couleur d’origine est pâle. Les chevelures blondes ou roux clair ont la tâche la plus aisée. Après observation de mes cheveux, le coloriste et coiffeur David Lucas m’a ainsi proposé de ne faire « quasi rien ». Soit une légère décoloration, posée à peine dix minutes sur les tempes et les strates profondes de la chevelure, pour atténuer le contraste entre les cheveux blancs et le reste. Puis il a posé la même chose trois minutes sur le reste de la crinière. L’effet est lumineux et harmonieux. L’Américain Tom Smith utilise une méthode pas si éloignée, un balayage irrégulier de tons chauds et froids, qu’il a baptisé « herringbone », du nom des lattes de parquet – souvent blondes – qui s’emboîtent pour créer une harmonie. Gwyneth Paltrow ou Sarah Jessica Parker sont de bons exemples de cette technique, peu contraignante.

© Matteo Valle/Imaxtree

Une transition en douceur                                              

Pour les cheveux plus foncés, l’option classique consiste à sublimer le contraste. Certains coloristes proposent d’ajouter du sel dans le poivre, comme Delphine Courteille, devenue l’ambassadrice du blanc grâce au succès de l’ouvrage de Sophie Fontanel, « Une apparition ». Les teintes châtains sont celles pour qui la transition est sans doute la moins aisée, car le gris peut les faire paraître plus ternes. Malheureusement, pas vraiment de nouveauté pour elles. Vous pouvez choisir une coloration végétale car, aujourd’hui, elles sont à peine plus transparentes que les synthétiques, pour un résultat un peu plus nuancé. Mais le rituel de la coloration-corvée antiracines, toutes les six à huit semaines, lui, n’a pas tellement changé. L’autre option, c’est d’accélérer le processus. « Je demande aux femmes d’arriver avec quatre centimètres de racines, explique le coiffeur Olivier Lebrun, et on ôte la couleur sur les longueurs pour recréer le gris, avec éventuellement un balayage ensuite pour donner de la profondeur. C’est le plus indiqué pour les cheveux châtains, car c’est vraiment la couleur la plus difficile. » Mais l’intervention est longue. Jack Martin, le coloriste de Jane Fonda, raconte que le passage du blond au blanc a duré sept heures alors que l’actrice a les cheveux courts. La transformation est également très coûteuse (généralement sur devis), même si, ensuite, les retouches sont rares. « Attention, met en garde Luisa Dunn, qui a lancé sa page Instagram @thesilverlining_1970, quand elle a entamé sa transition. Il faut absolument vous adresser à quelqu’un qui sait ôter le pigment artificiel sur les cheveux blancs. Je l’ai fait l’année où j’ai été ménopausée, ma fibre était fragile, mes cheveux sont tombés par poignées. J’ai finalement tout coupé, à la garçonne », regrette-t-elle. Elle a monté sa page pour éviter que d’autres ne vivent la même expérience. « La transition dure entre un an et dix-huit mois et il y a un moment où ça n’est pas forcément joli, il faut s’y résoudre », assène-t-elle. Une solution moins onéreuse pour adoucir le début de transition : le spray à pulvériser sur les racines. « C’est très efficace et sans risque, car c’est comme du maquillage. Il suffit simplement de ne pas asperger trop près de la racine pour ne pas créer de paquets. Le soir, on brosse pour éliminer les pigments et éviter les traces sur l’oreiller », poursuit Olivier Lebrun.

  

 

© Roger Wong/INSTARImages/Abaca

L’ère du « Silver Hair » ?                               

Voilà une dizaine d’années que l’on écrit sur l’attrait pour les cheveux blancs, que la presse nommait pudiquement « silver hair », tant le tabou était grand, puis on y a vu un effet pandémie… Qu’en est-il maintenant ? Les experts interrogés constatent qu’un nombre toujours croissant de femmes cessent de se teindre, une tendance confirmée par les équipes marketing chez L’Oréal. Ce n’est pas qu’un effet post-confinement. « La volonté perdure, on sent que c’est presque un choix “politique” – même si ce terme semble déplacé pour quelque chose d’aussi naturel – d’assumer et de montrer ses cheveux gris », confirme Olivier Lebrun. Delphine Courteille estime ainsi que 20 % de ses clientes ont cessé de se teindre les cheveux. « Le regard a changé, note-t-elle. J’accompagne certaines femmes qui ont des métiers dans la représentation ou dans le secteur du luxe, et cette période de transition, où l’on voit les racines, est aujourd’hui acceptée. Il y a cinq ans, on leur aurait fait comprendre qu’elles n’étaient pas présentables. » Comme la chaîne canadienne CTV vient de le faire, en licenciant la présentatrice Lisa LaFlamme passée du blond au gris. Si les raisons de son licenciement semblent être multiples, l’affaire a fait grand bruit outre-Atlantique. La marque Dove a même lancé le hashtag #KeepTheGrey, soit « gardons le gris ». La dimension économique entre aussi en jeu bien sûr. « Le rapport des femmes au salon de coiffure a complètement changé. La visite n’est plus un rituel régulier, mais un événement de plaisir, plus exceptionnel », remarque Olivier Lebrun. Une femme confiait d’ailleurs qu’elle préférait s’offrir un soin du visage avec les économies réalisées depuis qu’elle avait cessé les teintures.                

Et alors, que se passe-t-il une fois qu’on est passée de l’autre côté de la barrière ? Une amie dans la trentaine a franchi le cap, avec un résultat resplendissant, un compagnon qui adore et des copines qui la complimentent, mais elle déplore tout de même que les gens ne sachent plus lui donner d’âge. Chez L’Oréal, les équipes marketing ont mené un test qui montre en effet que les cheveux blancs modifient l’âge perçu : en observant des photos, des femmes donnent en moyenne cinq ans de plus que leur âge réel à des femmes chenues. David Lucas, de son côté, remarque que de nombreuses femmes de 30 ou 40 ans passent au blanc, mais que d’autres « reviennent » à une coloration – par exemple un blond polaire, proche du blanc –, plus tard, à la cinquantaine, quand le visage a changé. Comme si l’addition cheveux blancs + rides était encore trop salée dans une société qui invisibilise les femmes après la quarantaine. « Il faut se préparer à recevoir des remarques, confirme Luisa Dunn… Et les premières vous atteignent toujours, même avec une carapace. » L’industrie a en tout cas déjà rebondi pour proposer des produits de soin aux cheveux blancs. On peut évidemment déjaunir avec un shampooing violet (il n’existe toujours rien de mieux), voire faire un soin lissant, brésilien ou à la kératine, pour améliorer la texture. Bref, si la couleur est grise, la qualité du cheveu doit, elle, évoquer la brillance, la vitalité, la force… plus personne, heureusement, ne dit « la jeunesse ».



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